Amours de Léonor de Récondo

12082015

Amours - Léonor de RécondoAmours… un roman qui a l’effet d’une caresse…

L’élégance et la délicatesse du style de Léonor de Récondo – le nom de la romancière est un poème à lui tout seul – contrastent avec les mythes et les codes rigides de la bourgeoisie française du début du XXème siècle qu’elle fait voler en éclat: de la bienséance hypocrite des classes les plus aisées à l’oppressante morale religieuse, l’auteure prend soin de balayer un à un ces principes établis, mais sans violence ni heurt, laissant place à des sentiments surpuissants qui écrasent tout.

Violoniste baroque de profession, Léonor de Récondo écrit comme elle interprète un concerto, avec toute la sensibilité d’une grande musicienne. Les chapitres défilent avec la même fluidité que les mesures d’un prélude de Bach, si bien que l’on a fini le roman avant même d’avoir eu le temps de reprendre son souffle.

Une prose rafraîchissante en cet été 2015 caniculaire…




Soirée lecture-débat autour de Soumission de Michel Houellebecq

17022015

houellebecqLe mois dernier, un court article publié sur le site CaféBabel et intitulé « Michel Houellebecq: la Soumission de l’Allemagne » (de Julia Korbik) avait piqué ma curiosité. Que Houellebeq fasse partie des écrivains français appréciés en Allemagne ne m’était pas vraiment connu, mais, sans trop savoir pourquoi, je ne m’en suis pas étonnée. Mais même si cet article en fournissait des causes tout à fait plausibles (« cela vient de France et semble donc, d’une certaine manière, intellectuel et osé », « Houellebecq écri(t) d’assez bons livres qui, parfois, perturbent mais donnent également matière à réfléchir »), il m’a tout de même semblé qu’il manquait une dimension importante à cette analyse. J’étais un peu restée sur ma faim. Impossible pourtant de mettre le doigt dessus.

La soirée organisée par la Literaturhaus de Munich le 4 février 2015 autour du nouveau roman de Michel Houellebecq allait fort heureusement me tirer de l’obscurité et était en cela une véritable aubaine. La foule présente à l’entrée de la salle et la longue liste d’attente de pauvres malheureux qui n’avaient pas réservé leur place à l’avance me donnaient plus l’impression d’avoir affaire à un troupeau de fans quelques heures avant un concert de Queen qu’à un public venu assister à la lecture d’un roman français. Cela confirmait en tout cas l’engouement décrit dans l’article de CaféBabel. C’est donc face à une salle comble que le directeur de la Literaturhaus, Reinhard Wittmann, a ouvert la soirée. Une soirée composée de la lecture de deux passages du livre (lus par le comédien Thomas Loibl) et de discussions, animées par le critique littéraire allemand Tilman Krause (Die Welt), entre Clemens Pornschlegel, professeur de littérature à la Ludwig-Maximilians-Universität (LMU) de Munich et Erdal Toprakyaran, islamologue à l’Université de Tübingen. Si ce dernier avait sans doute plus été invité pour la forme et ne semblait pas vraiment à sa place – ce qui témoigne du fait que Soumission n’est pas un roman sur la religion musulmane et que, par conséquent, le considérer sous le prisme des sciences de l’Islam mène à l’impasse – on ne peut pas en dire autant du modérateur et du professeur de littérature qui, eux, maîtrisaient parfaitement leur sujet.

Clemens Pornschlegel annonce d’emblée la couleur: le roman de Houellebecq n’est pas un livre sur l’Islam mais un livre sur la France et la crise qu’elle traverse aujourd’hui. S’ensuit une analyse très clairvoyante sur les résultats des récentes élections dans le Doubs, la montée du Front National et la crise de confiance dans les élites politiques en France qui achève de me convaincre de la pointure de ce monsieur. Il voit dans cette oeuvre une satire grinçante et très actuelle de nos sociétés contemporaines, asservies aux lois du marché, et va même jusqu’à citer Bernard Maris dans Houellebecq économiste, dont il avait amené un exemplaire, et en français s’il-vous-plaît! C’est à ce moment là que je réalise que, bien que ne disposant pas forcément de l’expertise de ce professeur, le public allemand a compris Houellebecq, avant de l’avoir apprécié. Et cela en dit plus sur la réalité des liens entre les cultures et les peuples européens que n’importe quel pourparler intergouvernemental sur la gestion de la dette de certains pays sur notre vieux continent. Rien que pour cette révélation, je remercie les organisateurs de cette soirée.

Mais tout cela ne lève toujours pas le voile sur les raisons de cet intérêt allemand. Regrettant l’absence de l’auteur à l’événement lui étant consacré à Munich (seule Cologne ayant eu l’honneur de l’accueillir personnellement), Tilman Krause souligne que Houellebecq aurait peut-être été amusé, ou même déçu, de la sympathie des lecteurs envers son livre et du peu de controverse qu’il suscite outre-rhein, presque trop peu au regard des thèmes abordé dans son livre. Puis au fil des débats, le flou se dissipe lentement. L’article de CaféBabel avait déjà souligné que l’une des raisons de l’enthousiasme du public allemand pour Houellebecq et son oeuvre résidait dans le fait qu’il n’existait pas d’écrivain équivalent en Allemagne, aussi provocateur, d’un pessimisme aussi trivial, et de ce fait aussi drôle. Or, son nouveau roman apporte un éclairage nouveau sur les causes de cette absence. Et je m’en rends compte au moment où Krause compare le Sud-Ouest vers lequel fuit le protagoniste, avec la zone libre de 1940. Mais cette fois-ci l’ »occupant » n’est pas allemand. Et c’est ce qui fait toute la différence pour le lectorat allemand qui peut alors se permettre d’apprécier, d’étudier, de commenter et de rire d’une oeuvre aussi polémique en France, sans subir le poids d’une culpabilité collective toujours présente qui ressurgit dès qu’il est question de regain de haines raciales et du discours d’extrême-droite en Allemagne. Aucun auteur allemand n’ose encore se risquer à aborder des thématiques si périlleuses. Le talent de Houellebecq et son art de la provocation n’auraient pu se déployer ailleurs qu’en France. Et même si, comme l’a mentionné Pornschlegel, ce sont nos sociétés modernes qui sont globalement visées par l’auteur, c’est bien la France qui fait figure de rat de laboratoire dans ce roman. Houellebecq touche des cordes sensibles de la société française et place le lecteur face à un tableau extrêmement noir de son pays, d’où les crispations dont il fait l’objet en France. En revanche, Houellebecq bénéficie en Allemagne d’un climat moins tendu et donc favorable à une lecture plus dépassionnée et constructive, comme les pertinents commentaires des experts présents à la Literaturhaus en ce 4 février 2015 ont pu en attester.




Indignez-vous! de Stéphane Hessel

8012015

Indignez-vous! de Stéphane HesselC’est un autre article que j’avais l’intention de poster cette semaine, pour partager, une fois de plus, mes impressions sur un roman qui m’a récemment marquée. Mais aujourd’hui, au lendemain de l’attentat du 7 janvier 2015 contre le journal satirique français Charlie Hebdo, il m’aurait semblé bien trop futile et déplacé de vous parler de ce livre, comme si de rien n’était, alors que les valeurs auxquelles je crois profondément ont été meurtries, attaquées de la manière la plus ignoble qui soit par des hommes incarnant l’obscurantisme, le fanatisme et la haine.

Je vais donc vous parler d’un autre texte. Un texte que, comme moi, beaucoup ont dévoré à sa publication en 2010, mais qui a malheureusement trop souvent tendance à tomber dans l’oubli. L’appel à l’ »insurrection pacifique », lancé par Stéphane Hessel dans Indignez-vous!, a été entendu par des millions de lecteurs, sensibles au message de paix de ce grand représentant de la Résistance, humaniste français défenseur des Droits de l’Homme. Le refus de l’indifférence face aux injustices et l’appel à la non-violence sont les deux préceptes centraux de cet essai et avaient suscité en moi un élan d’espoir, une sorte de réveil citoyen. Pourtant, je suis la première à m’être trop rapidement replongée dans le quotidien et avoir fait la sourde oreille face aux dangers qui menacent nos idéaux d’égalité, de liberté, de paix entre les cultures et les peuples, toutes ces valeurs qui font l’humain mais sont si souvent menacées. J’ai souvent fermé les yeux, ou ne les ai ouverts que furtivement, rapidement rattrapée par mes soucis personnels, mes préoccupations matérielles. Je me suis tue alors qu’il fallait crier.

Jusqu’à ce jour, où la haine s’est déchaînée contre l’humain, où ces idéaux ont été piétinés, où la violence a été plus forte que la libre expression. C’est comme une évidence que ressurgit Stéphane Hessel de ses cendres aujourd’hui. Il est de notre devoir de nous révolter, de refuser la barbarie et de nous engager clairement et durablement pour les valeurs qui nous constituent, au nom des grands hommes qui sont tombés hier, pour avoir courageusement et en toute intégrité défendu leurs belles idées, au quotidien. Restons vigilants, ne répondons pas à la haine par la haine. Pour la démocratie, pour les Droits de l’Homme, pour la paix entre les peuples, pour l’égalité et la liberté: Indignons-nous!

Indignez-vous! de Stéphane Hessel 10906141_10152965412356113_679403470498873123_n-300x226

 




La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon

26102014

La petite communiste qui ne souriait jamais - Lola LafonSi, comme moi, vous avez souvent été déçu par les oeuvres, fictives ou non, consacrées à l’histoire des pays communistes pendant la Guerre Froide, vous serez surpris par le regard neuf et dépoussiéré que pose Lola Lafon sur cette période dans son nouveau roman.

Dans La petite communiste qui ne souriait jamais, la narratrice se penche sur l’histoire de la Roumanie de Ceausescu, à travers le parcours de la jeune gymnaste prodige Nadia Comaneci qui fut souvent perçue comme l’emblème du régime dans les années 1970-80. Si le lecteur est un tantinet familier avec l’histoire du pays, il comprend très vite que le récit, basé sur les recherches de la narratrice et son dialogue fictif avec l’ ex-gymnaste, ne portent pas simplement sur le parcours sportif d’une petite athlète surdouée, mais que l’intention du roman est de mettre en perspective sa trajectoire dans le contexte de Guerre Froide et du régime dictatorial roumain. Les compétitions sportives étaient à cette époque le théâtre des rapports de force géopolitiques. Cette histoire en est un témoignage: l’on (re)découvre les efforts russes pour assouvir la Roumanie, dont le dictateur au pouvoir s’attèle à affirmer l’indépendance. La gymnastique se révèle alors être le sport communiste par excellence, dévoué à une maîtrise parfaite du corps, avec toutes les dérives que cela implique et que la narratrice dévoile tout au long de son récit.

A travers l’histoire de Nadia, elle donne un coup de projecteur sur la personnalité du dictateur Ceausescu qui a su faire le pied de nez aux soviétiques, avait une maîtrise parfaite de son image, manipulait et séduisait ses interlocuteurs à l’est comme à l’ouest, et avait su éveiller les espoirs de son peuple et de la communauté internationale. Il est aussi question des pratiques occidentales et du rôle des médias, présentés par Nadia comme un instrument de manipulation de l’opinion publique. Grâce à son choix de construire un récit à deux voix, Lola Lafon s’est préservée de tout manichéisme et nous permet de mieux comprendre comment le phénomène « Nadia », au-delà des talents de la gymnaste, a été possible et savamment orchestré à la fois par le pouvoir roumain et les « managers » qui l’entouraient, mais aussi par les forces occidentales, ces maîtres de l’image et du marketing.

Les échanges entre Nadia et la narratrice mettent en exergue le manque d’impartialité récurrent des analyses contemporaines sur la Roumanie communiste, conduisant trop souvent à une vision biaisée de ce qu’a été la vie du peuple roumain sous Ceausescu et le rôle de Ceausescu sur la scène internationale. Mais ils montrent aussi la difficulté à trouver des sources fiables, car l’époque dont il est question est caractérisée par la méfiance, les non-dits ou les mensonges d’hommes et de femmes qui ne cherchaient qu’à « s’en tirer le moins mal possible ». Aujourd’hui encore, les langues ont du mal à se délier. C’est un récit qui laisse planer de nombreuses interrogations: Nadia était-elle la marionnette de Ceausescu, guidée par sa discipline de gymnaste? Etait-elle une actrice du régime, volontairement engagée? Ou tout simplement une jeune roumaine qui cherche à vivre sa vie malgré la dureté du quotidien? Le livre ne le dit pas car son intention est ailleurs. Il laisse entendre qu’elle pourrait bien être les trois à la fois. Ce n’est finalement pas tant le manque de sources fiables qui empêche de découvrir la vérité, mais la quête pour la vérité qui semble vaine.

Voilà ce que cherche à nous dire la narratrice au terme de ses longues recherches. Toute en modestie, elle fait l’aveu de l’échec de son entreprise initiale, de l’impossibilité de ranger Nadia dans une case. Car la mémoire – individuelle ou collective – ne cesse de nous jouer des tours et de réécrire l’histoire telle que nous pensons que cela devrait s’être passé. Les témoignages qu’elle recueille à Budapest sur les dernières années du régime de Ceausescu vont dans ce sens et nous éclaire sur le désenchantement qui a suivi les espoirs de 1989 et la situation complexe dans laquelle se trouve la Roumanie d’aujourd’hui.

Les dernières pages un peu brouillon sur la fuite de Nadia et la fin du régime dictatorial en Roumanie sont alors vite oubliées pour ne laisser au lecteur que l’impression de sortir grandi de cette belle leçon d’humilité et d’humanité.

 

 




La Contrebasse de Patrick Süskind

14052014

J’aurais dû poster cet article en décembre-janvier dernier, mais un événement récent en a retardé la publication (la naissance de ma fille!). 

Der Kontrabass - Patrick Süskind (Diogenes)Depuis 1984 s’enchaînent en Allemagne les représentations de la Contrebasse, pièce monologue de Patrick Süskind publiée en 1981 et brillamment interprétée par Nikolaus Paryla, comédien et metteur en scène autrichien.

J’ai eu l’immense chance d’être témoin de l’incroyable succès rencontré par la pièce auprès du public allemand (succès ininterrompu depuis près de 30 ans!), lors de la représentation du 30 décembre 2013 au Volkstheater de Munich. Cette courte pièce en un acte se déroule dans l’appartement du protagoniste, un décor désuet et chargé qui reflète parfaitement l’âme de cet homme hors du commun. Contrebassiste « sur le retour » dans un petit orchestre municipal, au talent plus que modeste mais au verbe cinglant, il se livre durant près d’une heure et demie à une réflexion sur la musique classique et l’art en général, sur sa propre place dans l’orchestre, mais aussi sur l’instrument en tant que tel qu’il vide progressivement de toute dimension artistique. Le tout est rythmé par des anecdotes croustillantes sur sa vie d’artiste, ses espoirs d’amour déchus et ses rêves de musicien sans grand avenir. La pièce est une dégringolade pleine d’humour grinçant, entre personnifications de la contrebasse qu’il parvient à transformer en figure féminine grotesque et pataude, dérives psychanalytiques tordues et réquisitoire contre les hiérarchies sociales reproduites au sein de l’orchestre derrière des apparences de structure démocratique.

L’immense talent de Nikolaus Paryla lui permet de passer en un rien de temps et tout en douceur d’un cri d’amour envers la contrebasse à un cri de désespoir plein de mépris à l’égard de ce compagnon de vie qui n’a cessé de barrer la route à ses rêves depuis ses débuts. Derrière l’humour irrésistible de la pièce, que l’on doit à la fois à la plume de Patrick Süskind et au jeu de Nikolaus Paryla, et malgré sa passion pour la musique, notre contrebassiste porte donc finalement un regard amer sur son parcours d’artiste et le rapport de l’homme à la musique.

La prouesse de cette pièce réside aussi et surtout dans l’alliance harmonieuse et originale du jeu théâtral et de la musique – nombreux sont les extraits d’oeuvres classiques joués durant la pièce – qui explique sans doute en grande partie le succès de cette pièce depuis les années 1980.

 

Bon à savoir:

La pièce est aussi régulièrement jouée en langue française à Paris et dans d’autres villes de France. Alors que Jacques Villeret avait rencontré un succès égalant celui de Nikolaus Paryla en Allemagne, c’est Clovis Cornillac qui lui a dernièrement succédé sur les planches au Théâtre de Paris.

Le texte de Süskind est disponible en francais en Livre de Poche




Exposition « Chagall. Leben und Lieben », Musée Buchheim, Bernried – 10.11.13-16.02.14

13012014
Exposition "Chagall. Leben und Lieben", Musée Buchheim, Bernried (Allemagne) - 10.11.2013-16-02-2014

Exposition « Chagall. Leben und Lieben », Musée Buchheim, Bernried (Allemagne) – 10.11.2013-16-02-2014

Du 10 novembre 2013 au 16 février 2014 a lieu, au Musée Buchheim, sur les rives du Lac de Starnberg (Bavière), l’exposition « Chagall. Leben und Lieben » qui rassemble une sélection d’oeuvres du peintre Marc Chagall, ou pour être plus précise, des illustrations (lithographies et gravures) réalisées par l’artiste pour trois oeuvres littéraires: Daphnis et Chloé, roman antique du sophiste Longus, quatre contes des Mille et Une Nuits, et enfin, sa propre autobiographie (précoce), Ma Vie, rédigée entre 1921 et 1922.

Alors pourquoi, me direz-vous, évoquer cette exposition ici? Si les raisons de ce choix peuvent sembler obscures, il s’est pourtant imposé à moi comme un évidence lors de la visite de cette superbe exposition.

Tout d’abord, la vie de Marc Chagall et son parcours d’artiste ont été profondément marqués par l’histoire franco-allemande de la 1ère moitié du 20ème siècle. Né en Russie, à Vitebsk (aujourd’hui ville biélorusse), en 1887, dans une famille juive, il a vécu plusieurs années à Paris et Berlin entre les années 1910 et 1930, où il connaît ses premiers grands succès internationaux en tant qu’artiste. Mais victime de l’antisémitisme ambiant et de la montée du 3ème Reich, il est obligé de fuir cette Europe qui l’avait pourtant accueilli si chaleureusement quelques années auparavant. Lors de son séjour aux Etats-Unis dans les années 1940, Chagall ouvre un nouveau chapitre de sa vie et de son art, imprégné de la tragédie de la 2ème Guerre Mondiale et de ses conséquences sur les peuples du monde entiers. A la fin de la guerre, il rentre en Europe, mais ne remettra plus les pieds en Allemagne. Il passe le reste de sa vie majoritairement entre la France et les Etats-Unis, mais paradoxalement, c’est en particulier auprès du public allemand qu’il rencontre un immense succès dès les années 1950.

En mettant à l’honneur les gravures illustrant sa seule oeuvre littéraire et autobiographique, l’exposition donne un coup de projecteur sur la première partie de sa vie et ses premières oeuvres majeures, marquées par la culture juive et son expérience franco-allemande qui lui ouvre les portes du succès et de la reconnaissance. On y découvre un Chagall à la fois peintre, graveur et écrivain – une facette plutôt méconnue de l’artiste – dont le destin est intimement lié à l’histoire européenne du 20ème siècle.

Les deux autres points forts de l’exposition offrent un éclairage sur la relation entretenue par Chagall avec un certain type de littérature qui se marie à merveille avec l’onirisme et l’érotisme de son oeuvre. Ses illustrations de Daphnis et Chloé et de quatre contes des Mille et Une Nuits, de par l’intensité de leurs couleurs, la douceur de leurs traits et la place conférée au monde du rêve et de la mythologie, donnent au visiteur le sentiment qu’aucun autre artiste au monde n’aurait mieux pu rendre compte par l’image des univers poétiques de ces deux oeuvres. En juxtaposant les lithographies de Chagall et les passages correspondants du roman antique et des contes orientaux, l’exposition rend brillamment hommage à ce mariage harmonieux du texte et de l’image.

Je profite enfin de cet article pour recommander la visite du Musée Buchheim à tout lecteur de ce blog de passage à Munich ou en Bavière.

Pour aller plus loin:

Marc Chagall, Ma Vie, Stock, 2003

Marc Chagall, Daphnis et Chloé, Langlaude Eds, 2011

Musée Buchheim, Bernried, Bavière (Allemagne)

Quelques photots du musée sur le Site de Thomas

Exposition

Musée Buchheim, Bernried, Allemagne

 

 

 

 

 

 

 

 

Marc Chagall, extrait de Daphnis et Chloé, lithographie en couleurs - VG Bild-Kunst, Bonn

Marc Chagall, extrait de Daphnis et Chloé, lithographie en couleurs – VG Bild-Kunst, Bonn

Marc Chagall: extrait de Daphnis et Chloé, lithographie en couleurs - VG Bild-Kunst, Bonn

Marc Chagall: extrait de Daphnis et Chloé, lithographie en couleurs – VG Bild-Kunst, Bonn




Man muss die Männer schon viel lieben (freie Übersetzung) von Marie Darrieusseq

8012014

 

Il faut beaucoup aimer les hommes - Marie Darieussecq

Il faut beaucoup aimer les hommes – Marie Darrieussecq

Die Gefahr, sich mit diesem Roman auf eine Klischee-Flut einzulassen war hoch. Dennoch ist es Marie Darrieusseq mit Il faut beaucoup aimer les hommes (Man muss die Männer schon viel lieben) gelungen, sehr geschickt mit unterschiedlichen Sprachebenen zwischen Bildern und Kontrasten, Vulgarität und Feinfühligkeit, Einflüsterung und Unausgesprochenem, sowie zwischen dem glamourösen Jetset aus Hollywood und der Feuchtigkeit des äquatorialen Waldes Afrikas zu jonglieren. So gibt uns die Autorin eine komplizierte Liebesgeschichte preis, zwischen Solange, Schauspielerin baskischer Herkunft, und Kouhesso, kanadisch-kamerunischem Regisseur im Werden. Die Themen des Rassismus und der Verschiedenheit werden sporadisch und immer nur in der Intimität dieser Liebesbeziehung von der Autorin angedeutet, die mir Humor, Natürlichkeit und Zärtlichkeit jeglichen Klischees trotzt.

Kouhesso ist aufgrund seiner Herkunft und seiner Geschichte ein Rätsel, das Solange enthüllen und sich zu eigen machen möchte. Das Schweigen und die zahlreichen Wartezeiten im Roman werden aber von Solange als eine quälende Krankheit empfunden und reflektieren eine ungleiche Beziehung, die zu Unterwerfung gegenüber einem Mann neigt, der nur für seine « Große Idee » lebt.

Dieses Buch ist wie ein Tornado, der die Erzählerin von ihrem jetzigen Alltag in Hollywood über die Windungen ihrer Vergangenheit bis zu den feuchten Höhlen der afrikanischen Wälder reisen lässt, und dies innerhalb ein paar Wochen, höchstens ein paar Monaten vielleicht. Marie Darrieusseq bietet uns mehr einen Roman über die Gewalt der Gefühle und die Macht der Leidenschaft über unsere Leben an, als eingehende Gedanken über das Verhältnis zwischen Schwarzen und Weißen, was ihr Werk um so persönlicher und bewegender macht.

 

Die deutsche Übersetzung von Il faut beaucoup aimer les hommes steht noch nicht zur Verfügung. Sobald sie erschienen ist, werde ich hier darüber berichten.

 

Marie Darrieusseq hat den französischen Literaturpreis « Medicis » für Il faut beaucoup aimer les hommes im November 2013 erhalten. Mehr Informationen darüber finden sie hier…




Il faut beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq

29112013

 

Il faut beaucoup aimer les hommes - Marie Darrieussecq

Il faut beaucoup aimer les hommes – Marie Darrieussecq

Le risque de tomber dans une avalanche de lieux communs était élevé. Pourtant, dans son dernier roman Il faut beaucoup aimer les hommes, Marie Darrieussecq jongle habilement entre différents niveaux de langage, images et contrastes, entre vulgarité et délicatesse, grotesque et sensualité, suggestions et non-dits, glamour de la jet-set hollywoodienne et moiteur de la forêt africaine équatoriale, pour mettre à nu une histoire d’amour compliquée entre Solange, actrice d’origine basque, et Kouhesso, réalisateur canado-camerounais en devenir. Les thèmes du racisme et de la différence, elle n’en traite que par bribes, dans l’intimité de cette relation vécue par Solange, bravant les clichés avec humour, simplicité et tendresse.

Kouhesso est un mystère de par ses origines, un mystère que Solange souhaite percer, apprivoiser et faire sien. Les silences et nombreux temps d’attente qui rythment le roman et sont vécus par Solange comme une véritable maladie qui la ronge, sont le reflet d’un rapport inégal, presque de soumission envers un homme qui ne vit que pour sa « Grande Idée ».

Ce livre est comme une tornade faisant voyager la protagoniste de son univers actuel, Hollywood, aux grottes humides des forêts africaines, en passant par les méandres de son passé, le tout en l’espace de quelques semaines, quelques mois tout au plus. Marie Darrieussecq nous offre donc plus un roman sur la violence des sentiments et le pouvoir de la passion sur nos vies, qu’une réflexion poussée sur la relation entre Blancs et Noirs. Il n’en est ainsi que plus personnel et plus touchant.

 

Marie Darrieussecq a reçu le Prix Médicis 2013 pour son roman Il faut beaucoup aimer les hommes. Plus d’informations à ce sujet ici. 




Die Wahrheit über den Fall Harry Quebert von Joël Dicker

17112013

Die Wahrheit über den Fall Harry Quebert von Joël Dicker img_1977-300x300Als Erstes wird man vom kristallklaren Schreibstil von Joël Dicker begeistert, der uns das Gefühl gibt, in den Roman zu schlüpfen wie in sein Bad.

Die Geschichte findet 2008 in Aurora, New Hampshire, statt: ein junger Schriftsteller (der Doppelgänger des Autors?) wird mit einer Schreibblockade konfrontiert und fängt an, in einem geheimnisvollen Fall zu ermitteln, der mehr als 30 Jahre zurückliegt, um seine Karriere zwar zu retten, aber vor allem um einem Freund Hilfe zu leisten.

Die Kunst der Erzählung und der überraschenden Wendungen beherrscht der Autor souverän, wodurch der Roman den Status eines hervorragenden Thrillers im amerikanischen Stil weit übertrifft – was allein ziemlich bemerkenswert ist, wenn man weiß, dass Joël Dicker ein französischsprachiger Schweizer ist – um dem Leser nicht nur eine spannende Handlung anzubieten, sondern auch eine schöne und zutreffende Argumentation über den Schreibprozess und die Rolle des Schriftstellers in der modernen Gesellschaft – oder besser gesagt, über seine Rolle trotz der negativen Facetten der modernen Gesellschaft, die mit dem übermäßigen Konsum, die Überinformation und die Scoop-Kultur der Medien verbunden sind.

Durch die extrem gut geschärften psychologischen Profile seiner Figuren serviert uns Joël Dicker eine soziologische Freske, die allein ein Grund dafür ist, sich auf diese Geschichte von etwa 600 Seiten einzulassen.

Highlight des Jahres 2013!




La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert de Joël Dicker

24092013

La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert de Joël Dicker img_1977-300x300Ce qui séduit chez Joël Dicker, c’est d’abord cette écriture limpide qui donne au lecteur l’impression de se glisser dans le roman comme dans son bain.

L’histoire de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert se passe à Aurora, New Hampshire, en 2008: un jeune écrivain (le double de l’auteur?) est confronté au syndrome de la page blanche et se retrouve à enquêter sur des faits mystérieux s’étant déroulés plus de trente ans auparavant, pour certes sauver sa carrière, mais avant tout pour porter secours à un ami, son mentor.

La maîtrise parfaite par l’auteur de l’art du récit et des rebondissements permet à ce roman de dépasser le statut d’excellent thriller à l’américaine – prouesse déjà assez remarquable lorsque l’on sait que Joël Dicker est un jeune écrivain suisse de langue française – pour offrir au lecteur, en plus d’une intrigue palpitante, une belle et juste réflexion sur le processus d’écriture et le rôle de l’écrivain dans la société moderne – ou plutôt sur son rôle malgré les travers de la société moderne liés à la surconsommation, la surinformation et la culture du scoop dans les médias.

Grâce à des personnages aux profils psychologiques bien fuselés – polar oblige – Dicker nous sert une fresque sociale savoureuse qui a elle seule mérite que l’on s’attaque à la lecture de ce pavé de 600 et quelques pages!

Mon coup de coeur de l’été 2013!







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