Lettres d’Amérique de Nathalie Sarraute

24112017

Lettres d'Amérique - Nathalie SarrauteJe m’amuse souvent à résumer un livre à peine terminé en un seul mot, histoire de le fixer dans ma mémoire sans faire d’effort ou presque. Pour les Lettres d’Amérique de Nathalie Sarraute, ce serait sans hésiter « émerveillement ». Celui de l’auteure elle-même, à la découverte d’un continent qui lui est encore inconnu, et celui du lecteur aussi, qui l’accompagne dans ce voyage que l’on peut qualifier d’initiatique à bien des égards.

C’est un ouvrage à lire d’une traite, à engloutir, pour être sûr de ne pas en perdre une miette, de ne pas faire de tort à sa densité. Il permet de découvrir Nathalie Sarraute dans toute sa spontanéité, d’appréhender l’être humain derrière la femme de lettres. La présentation d’Olivier Wagner, exhaustive et extrêmement précise, livre toutes les clés au lecteur pour aborder cette oeuvre pour le moins originale. Car la démarche de Nathalie Sarraute diverge fondamentalement de celle à l’origine de ses oeuvres littéraires. Ces lettres n’avaient initialement pas vocation à être publiées et étaient exclusivement réservées à la sphère privée du couple Sarraute. Il s’agit donc d’une démarche spontanée, presque impulsive, grâce à laquelle le lecteur entre dans l’univers de cet auteure d’avant-garde du XXe siècle par la porte de service. Il y découvre une personnalité facétieuse, enivrée par l’expérience singulière qu’elle est en train de vivre, et qui assiste à la diffusion – et au triomphe – de son oeuvre aux États-Unis autant qu’elle y participe.

À l’excellente introduction s’ajoutent des annotations, établies par Carrie Landfried et Olivier Wagner qui révèlent des informations absolument essentielles à la compréhension de l’oeuvre, tout en évitant l’écueil d’une surabondance de détails qui nuirait à la fluidité de la lecture. L’équilibre est parfait pour permettre une réception de l’oeuvre dans des conditions cognitives optimales. Ce cadre éditorial témoigne d’un travail de construction biographique et de mise en perspective historique d’une grande qualité. Aucun aspect n’est négligé, avec d’une part, un portrait global de Nathalie Sarraute en tant que femme, auteure et théoricienne du roman, et d’autre part, le contexte politico-culturel des années 1960 aux États-Unis (et dans une moindre mesure en Europe), qui occupe une place capitale dans ces lettres. On touche ici à la quintessence même du métier d’archiviste qui consiste à favoriser la réception pleine et entière des sources par le plus grand nombre. Du service public dans ce qu’il a de plus noble !

Pour conclure, j’inviterais les plus frileux des lecteurs à s’aventurer dans ce voyage insolite, car il y en a pour tous les goûts : pour les amateurs de Nathalie Sarraute bien sûr, mais aussi pour les amoureux de New-York et des États-Unis, les passionnés d’histoire et les férus de langue française (le style de l’auteur leur donnera certainement un coup de fouet linguistique !). Bref, une vraie cure de vitamines sensorielles !




Petit Pays de Gaël Faye

12072017

IMG_6340En d’autres circonstances je n’aurais sans doute par écrit cet article. Car j’estime que certains livres doivent rester intactes, que tout commentaire à leur sujet serait trivial voire vulgaire face à la beauté immanente de l’oeuvre. Et j’aurais préféré ne pas avoir à écrire ces lignes, car Petit Pays fait à mon sens partie de ces oeuvres-là. Je reviendrai plus tard sur la raison qui me pousse à le faire malgré tout.

Petit Pays est un roman sur le paradis de l’enfance anéanti par l’horreur de la guerre, des conflits armés et du génocide. Gaël Faye nous conte l’enfance de Gaby et sa soeur Ana qui grandissent dans l’impasse d’un quartier résidentiel de Bujumbura au Burundi, pays voisin du Rwanda. Une enfance à l’ombre des manguiers qui plient sous le poids des fruits bien mûrs, enveloppée des senteurs douces de la citronnelle et rythmée par les interminables baignades entre copains dans la rivière Muha. Une enfance rapidement rattrapée par l’Histoire, les tensions politiques, les affrontements entre groupes armés et le génocide rwandais. L’auteur aborde la complexité du contexte politique de la région avec une aisance déconcertante. Le 2e chapitre constitue à ce titre une remarquable entrée en matière. Gaël Faye possède le don de savoir captiver l’attention du lecteur. Il pose le décor avec concision et densité et raconte le racisme courant teinté de misogynie, tout en évoquant la violence latente et somnolente qui menace d’exploser de nouveau à tout moment. L’enfance apparaît alors comme un îlot protecteur sans doute idéalisé par un narrateur devenu adulte trop vite. Le récit précipite ensuite le lecteur dans une véritable descente aux enfers vertigineuses, d’autant plus difficile à supporter que celui-ci ne peut réfréner son désir tenace mais vain de préserver ces enfants de l’inhumanité des conflits et lynchages qui se déroulent parfois même sous leurs yeux.

Je me tiendrai à cette ébauche d’analyse pour ne pas entacher la pureté de cet ouvrage exemplaire. Je demanderai simplement au lecteur – et j’en viens à la seule et unique raison qui m’a amenée à m’exprimer sur cette oeuvre – de transposer cette expérience livresque pour le moins dérangeante au contexte actuel, d’imaginer un Gaby, un Christian ou une Eusébio au beau milieu des conflits qui ravagent notre monde aujourd’hui. Lire se livre alors que le rôle de l’État français dans le génocide rwandais est à nouveau pointé du doigt m’a remémoré l’une des fonctions vitales de la littérature. Dans le brouhaha de pensées, d’opinions et de poncifs plus ou moins écoeurants sur tel ou tel sujet d’actualité (nous sommes aujourd’hui passés maîtres dans l’art de la cacophonie), elle nous dit l’essentiel. Derrière chaque victime de guerre jetée sur les routes se cache une histoire, un parcours douloureux dont elle ne guérira probablement jamais. Le garder à l’esprit préserve la part d’humanité en nous, si malmenée par l’approche rationalisante de notre époque, certes parfois nécessaire, mais tellement dégradante lorsqu’il s’agit du sort de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. Petit Pays est une piqûre de rappel, une gifle alarmante, une bouteille à la mer…




Titus n’aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai

18062017

Titus n'aimait pas BéréniceAu départ, il y a la rupture d’un Titus et d’une Bérénice des temps modernes. Une rupture qui amène Bérénice à se plonger dans l’oeuvre de Racine et à retracer toute sa vie, pour y trouver une réponse à son chagrin. Celle-ci s’imposera à elle, élémentaire, aussi simple que le parcours du dramaturge classique est complexe : Titus ne l’aimait pas comme elle l’aimait. Et le contraste entre la quasi trivialité de ce chagrin d’amour et le destin du grand auteur structure tout le récit, lui donne du corps.

Mais c’est surtout la vie de Jean Racine, que le lecteur accompagne de sa plus tendre enfance à l’abbaye de Port-Royal jusqu’à sa mort, qui forme le coeur de l’oeuvre. Cette intimité – tout au long du récit, Racine n’est désigné que par son prénom – fait vivre au lecteur toutes les tourmentes, tous les questionnements existentiels et artistiques de l’auteur de Phèdre, ainsi que l’ensemble des événements et enjeux politiques de son époque. La fiction donne vie à la grande Histoire et Nathalie Azoulai est à ce titre une incroyable virtuose dont l’érudition n’a d’égal que la grandeur du destin de son personnage.

La création théâtrale y apparaît comme le résultat d’un long processus de gestation, qui va de l’intériorisation des textes antiques, nourrie ensuite de vécu personnel, de rencontres, de jeux de pouvoir, pour donner enfin naissance au premier chef d’oeuvre. On découvre un Racine fouillant les tréfonds du langage pour comprendre par quel savant procédé le verbe et la syntaxe sont à même de reproduire les passions humaines. C’est de l’universalité et de la transcendance de la création dont il est ici question, car c’est bien l’universel que Bérénice est venue chercher dans l’oeuvre de Racine pour apaiser la tristesse qui la dévore.

Mais ces propriétés sont adroitement contrebalancées par la contingence de l’existence même du tragédien, son ancrage dans son siècle. Azoulai met en exergue ses rapports avec Louis XIV, symptomatiques des tensions religieuses et politiques qui ont traversé le règne du monarque. Racine devient l’exemple même de l’artiste au service du pouvoir, et ce malgré la concurrence d’autres grands auteurs, tels que Corneille ou Molière. Ce statut influence sa création et lui enlève alors de sa transcendance. Par extrapolation, le lecteur est alors en droit de se poser la question de la mission de l’art aujourd’hui, alors que nos démocraties ne cessent d’être ébranlées… 

Les liens de Racine avec les jansénistes de Port-Royal le rattrapent vite, révélant toutes les divisions du monde catholique français du XVIIe siècle. Pourtant, et c’est là tout le talent de l’auteur du roman, à aucun moment le lecteur ne se sent piégé dans un récit historique, de même que la vie de Racine ne fait pas l’objet d’un récit biographique. Le roman prévaut toujours et amène le lecteur à faire corps avec son protagoniste et à ne lire l’Histoire que par le truchement de son vécu et de ses états d’âme. Son tiraillement entre sa loyauté envers le roi et son attachement à Port-Royal suffit à rendre compte des tensions religieuses qui ont secoué le pays sous Louis XIV.

Le lecteur termine le roman avec un sentiment de gratitude. Il se sent honoré d’avoir été ainsi embarqué aux côtés d’un des plus grands auteurs classiques qui a façonné le paysage littéraire français et le genre théâtral en général. Titus n’aimait pas Bérénice est donc en effet bien plus qu’une biographie romancée. C’est une invitation à interroger le lien entre l’art et l’âme humaine, entre l’art et la société, et à considérer l’art comme une clé de lecture des passions humaines.




Homo cooperans 2.0 de Matthieu Lietaert

20092016

Homo cooperansL´économie collaborative sonne un peu comme une promesse à l’heure du réchauffement climatique, du repli identitaire et des conflits mondiaux. Mais avant d’ouvrir Homo cooperans 2.0, posez-vous la question de ce qui vous pousse le faire. Si vous cherchez des réponses exhaustives aux maux contemporains de nos sociétés, vous serez déçus, car il n’a pas vocation à présenter une idéologie nouvelle et salvatrice, mais à rendre compte, non sans optimisme, de transformations en marche, et à les replacer – peut-être trop brièvement – dans un contexte historique et économique.

Cet ouvrage présente des lacunes incontestables sur le plan conceptuel. On apprécierait une approche plus systémique qui permettrait de définir l’économie collaborative dans son ensemble. Le ton désinvolte et les nombreuses fautes d’orthographe (qui a relu ce texte?) font un effet brouillon, et certaines formules abruptes – du type « (les dépenses en faveur de l’éducation publique) visent à faire de nous de bons producteurs grâce à tout ce que nous apprenons à l’école » (le personnel enseignant sera ravi de se voir réduit au rôle de petit soldat du capitalisme…) – en agaceront plus d’un, alors que l’auteur lui-même se défend d’adopter toute démarche dichotomique (le fameux « tout noir ou tout blanc »). Or ces raccourcis font malheureusement de cet ouvrage une proie facile pour des adversaires pouvant facilement le taxer de simplisme.

Lietaert reste trop souvent à la surface des choses. Il se contente souvent de mentionner des initiatives et de les décrire sans les approfondir, laissant le lecteur sur sa faim. Il fait preuve d’une capacité de synthèse incontestable et appréciable lorsque l’on commence à s’intéresser à l’économie collaborative, mais cela se fait au détriment d’une certaine profondeur nécessaire pour aborder des changements de société de cette ampleur.

Une autre faiblesse de ce livre porte de nouveau sur la forme, mais pourrait vite devenir une menace de fond. Elle réside dans le fait que l’auteur choisit d’accorder tout son premier chapitre (qui représente un tiers du livre) à internet. Le rôle qu’il joue dans l’émergence du phénomène est indéniable, loin de moi la volonté de le remettre en cause. Cependant, faire d’internet le principal vecteur du mouvement peut se révéler nuisible, et ce pour deux raisons intimement liées. D’une part, en matière de technologie, on confond trop vite fin et moyen, ce qui conduit à une perte de vue de l’objectif principal (à savoir en l’occurrence le retour d’équilibres socio-économiques et environnementaux et du lien humain) et à une glorification de l’innovation en tant que telle. Internet doit être considéré comme un outil, aujourd’hui certes essentiel, mais un outil, et non comme l’eldorado de la collaboration, au risque de déshumaniser le mouvement. Lietaert n’en est pas là, le centre de son propos demeure les acteurs eux-mêmes, les communautés pair à pair, mais rappeler le risque du culte de la technologie me paraît essentiel, justement parce qu’internet a eu jusqu’ici une place centrale dans l’avènement de l’économie collaborative. D’autre part, faire reposer celle-ci principalement sur internet et minimiser le rôle d’autres instruments d’échange potentiels, ce serait aussi l’exposer au danger de sa disparition. Que deviendrait l’économie collaborative si demain internet n’existait plus? La prise en compte de cette éventualité doit nous amener à réfléchir à des outils alternatifs et à développer des modes de partage multiformes qui permettent une adaptation rapide à des bouleversements possibles.

Enfin, et ce sera le dernier point de critique que je mentionnerai, l’expansion de l’économie du partage ne peut être abordée sans référence à sa dimension environnementale. Or, cet aspect, s’il est évoqué dans le livre à plusieurs reprises, reste périphérique, laissant majoritairement la place aux enjeux purement socio-économiques. Une analyse rigoureuse du phénomène collaboratif ne peut sous-estimer l’une de ses motivations intrinsèques, indissociable des autres. Car le défi écologique sera certainement décisif dans le tournant que prendra l’économie collaborative dans quelques années.

Néanmoins, malgré les quelques carences décrites ci-dessus, c’est sur ses points forts que je choisirai de m’appuyer. Car l’auteur a le mérite d’apporter différents points d’accroche à l’économie collaborative, d’offrir une synthèse tout à fait bienvenue aux novices dont je fais partie, se référant à des sociologues et économistes contemporains (Jeremy Rifkin, Michel Bauwens) qui, quant à eux, s’affairent dans leurs travaux à lui conférer un cadre théorique. Lietaert dénonce ce qui doit être dénoncé de l’hégémonie capitaliste, ce qu’il appelle « l’équation de l’excès » composée « d’une croissance économique illimitée, une consommation à outrance, un matraquage publicitaire tous azimuts, et le mythe de la liberté individuelle sans limite », et se penche sur l’évolution d’un mouvement de société qui atteindra d’ici peu un stade critique (ce qui est décrit comme le passage de la « puberté à l’âge adulte »). Et il soutient la thèse selon laquelle cette transition ne se fera pas sans conflit, une position partagée avec Michel Bauwens, fréquemment cité dans le livre et auteur de sa préface. En cela, il ouvre la porte de la réflexion et du débat tout en invitant à s’intéresser à des théories, si ce n’est nouvelles, du moins toujours en construction. A travers les nombreuses initiatives qui viennent illustrer son propos (du mouvement coopératif auquel il fait une publicité bien méritée aux FabLabs en passant par les monnaies communautaires), il met en exergue la diversité, la vitalité et la créativité des acteurs, des qualités essentielles pour affronter les géants qui tentent de récupérer le mouvement pour leur propre profit (AirBnB, Uber, etc.). Car Matthieu Lietaert n’est pas un petit lapin de trois semaines. Dans ses travaux de recherche, il a déjà identifié les principaux enjeux auxquels l’économie collaborative est aujourd’hui confrontée, ces défis qu’elle va devoir relever pour s’imposer comme nouvel ordre économique et social viable. Sa conclusion y est consacrée et constitue un formidable condensé des questions sur lesquelles travailler dans les années à venir pour assurer la pérennité du mouvement: quel rapport entretient-il avec le consumérisme ambiant et quelle alternative éthique a-t-il à lui offrir, comment élargir la base sociale des acteurs, quel cadre législatif doit être mis en place etc.

Il ne faut donc pas trop attendre de cet ouvrage, ne pas y chercher une bible ou un manuel tout en un, mais accepter avec gratitude ce qu’il a à nous offrir, à savoir une introduction concise et ouverte à l’économie collaborative et une synthèse pertinente des enjeux actuels et futurs. Et ce n’est par hasard si l’auteur choisit Sophie Rabhi-Bouquet comme auteure de sa postface. Fille de Pierre Rabhi et initiatrice d’un éco-village, lieu ultime de la collaboration, elle montre à elle seule qu’utopie n’a rien à voir avec naïveté. Je terminerai donc sur un élan d’optimisme tiré de ses dernières lignes: « la coopération défie la logique habituelle des possibles, car elle ne se contente pas d’additionner les forces: elle les multiplie ».

 

Pour approfondir le sujet:

Je recommande les podcasts de l’émission radio CultureMonde (France Culture) des 7 et 8 juin 2016 sur les FabLabs d’une part et Uber, Amazon et AirBnB d’autre part.

 




Amours de Léonor de Récondo

12082015

Amours - Léonor de RécondoAmours… un roman qui a l’effet d’une caresse…

L’élégance et la délicatesse du style de Léonor de Récondo – le nom de la romancière est un poème à lui tout seul – contrastent avec les mythes et les codes rigides de la bourgeoisie française du début du XXème siècle qu’elle fait voler en éclat: de la bienséance hypocrite des classes les plus aisées à l’oppressante morale religieuse, l’auteure prend soin de balayer un à un ces principes établis, mais sans violence ni heurt, laissant place à des sentiments surpuissants qui écrasent tout.

Violoniste baroque de profession, Léonor de Récondo écrit comme elle interprète un concerto, avec toute la sensibilité d’une grande musicienne. Les chapitres défilent avec la même fluidité que les mesures d’un prélude de Bach, si bien que l’on a fini le roman avant même d’avoir eu le temps de reprendre son souffle.

Une prose rafraîchissante en cet été 2015 caniculaire…




Soirée lecture-débat autour de Soumission de Michel Houellebecq

17022015

houellebecqLe mois dernier, un court article publié sur le site CaféBabel et intitulé « Michel Houellebecq: la Soumission de l’Allemagne » (de Julia Korbik) avait piqué ma curiosité. Que Houellebeq fasse partie des écrivains français appréciés en Allemagne ne m’était pas vraiment connu, mais, sans trop savoir pourquoi, je ne m’en suis pas étonnée. Mais même si cet article en fournissait des causes tout à fait plausibles (« cela vient de France et semble donc, d’une certaine manière, intellectuel et osé », « Houellebecq écri(t) d’assez bons livres qui, parfois, perturbent mais donnent également matière à réfléchir »), il m’a tout de même semblé qu’il manquait une dimension importante à cette analyse. J’étais un peu restée sur ma faim. Impossible pourtant de mettre le doigt dessus.

La soirée organisée par la Literaturhaus de Munich le 4 février 2015 autour du nouveau roman de Michel Houellebecq allait fort heureusement me tirer de l’obscurité et était en cela une véritable aubaine. La foule présente à l’entrée de la salle et la longue liste d’attente de pauvres malheureux qui n’avaient pas réservé leur place à l’avance me donnaient plus l’impression d’avoir affaire à un troupeau de fans quelques heures avant un concert de Queen qu’à un public venu assister à la lecture d’un roman français. Cela confirmait en tout cas l’engouement décrit dans l’article de CaféBabel. C’est donc face à une salle comble que le directeur de la Literaturhaus, Reinhard Wittmann, a ouvert la soirée. Une soirée composée de la lecture de deux passages du livre (lus par le comédien Thomas Loibl) et de discussions, animées par le critique littéraire allemand Tilman Krause (Die Welt), entre Clemens Pornschlegel, professeur de littérature à la Ludwig-Maximilians-Universität (LMU) de Munich et Erdal Toprakyaran, islamologue à l’Université de Tübingen. Si ce dernier avait sans doute plus été invité pour la forme et ne semblait pas vraiment à sa place – ce qui témoigne du fait que Soumission n’est pas un roman sur la religion musulmane et que, par conséquent, le considérer sous le prisme des sciences de l’Islam mène à l’impasse – on ne peut pas en dire autant du modérateur et du professeur de littérature qui, eux, maîtrisaient parfaitement leur sujet.

Clemens Pornschlegel annonce d’emblée la couleur: le roman de Houellebecq n’est pas un livre sur l’Islam mais un livre sur la France et la crise qu’elle traverse aujourd’hui. S’ensuit une analyse très clairvoyante sur les résultats des récentes élections dans le Doubs, la montée du Front National et la crise de confiance dans les élites politiques en France qui achève de me convaincre de la pointure de ce monsieur. Il voit dans cette oeuvre une satire grinçante et très actuelle de nos sociétés contemporaines, asservies aux lois du marché, et va même jusqu’à citer Bernard Maris dans Houellebecq économiste, dont il avait amené un exemplaire, et en français s’il-vous-plaît! C’est à ce moment là que je réalise que, bien que ne disposant pas forcément de l’expertise de ce professeur, le public allemand a compris Houellebecq, avant de l’avoir apprécié. Et cela en dit plus sur la réalité des liens entre les cultures et les peuples européens que n’importe quel pourparler intergouvernemental sur la gestion de la dette de certains pays sur notre vieux continent. Rien que pour cette révélation, je remercie les organisateurs de cette soirée.

Mais tout cela ne lève toujours pas le voile sur les raisons de cet intérêt allemand. Regrettant l’absence de l’auteur à l’événement lui étant consacré à Munich (seule Cologne ayant eu l’honneur de l’accueillir personnellement), Tilman Krause souligne que Houellebecq aurait peut-être été amusé, ou même déçu, de la sympathie des lecteurs envers son livre et du peu de controverse qu’il suscite outre-rhein, presque trop peu au regard des thèmes abordé dans son livre. Puis au fil des débats, le flou se dissipe lentement. L’article de CaféBabel avait déjà souligné que l’une des raisons de l’enthousiasme du public allemand pour Houellebecq et son oeuvre résidait dans le fait qu’il n’existait pas d’écrivain équivalent en Allemagne, aussi provocateur, d’un pessimisme aussi trivial, et de ce fait aussi drôle. Or, son nouveau roman apporte un éclairage nouveau sur les causes de cette absence. Et je m’en rends compte au moment où Krause compare le Sud-Ouest vers lequel fuit le protagoniste, avec la zone libre de 1940. Mais cette fois-ci l’ »occupant » n’est pas allemand. Et c’est ce qui fait toute la différence pour le lectorat allemand qui peut alors se permettre d’apprécier, d’étudier, de commenter et de rire d’une oeuvre aussi polémique en France, sans subir le poids d’une culpabilité collective toujours présente qui ressurgit dès qu’il est question de regain de haines raciales et du discours d’extrême-droite en Allemagne. Aucun auteur allemand n’ose encore se risquer à aborder des thématiques si périlleuses. Le talent de Houellebecq et son art de la provocation n’auraient pu se déployer ailleurs qu’en France. Et même si, comme l’a mentionné Pornschlegel, ce sont nos sociétés modernes qui sont globalement visées par l’auteur, c’est bien la France qui fait figure de rat de laboratoire dans ce roman. Houellebecq touche des cordes sensibles de la société française et place le lecteur face à un tableau extrêmement noir de son pays, d’où les crispations dont il fait l’objet en France. En revanche, Houellebecq bénéficie en Allemagne d’un climat moins tendu et donc favorable à une lecture plus dépassionnée et constructive, comme les pertinents commentaires des experts présents à la Literaturhaus en ce 4 février 2015 ont pu en attester.




Indignez-vous! de Stéphane Hessel

8012015

Indignez-vous! de Stéphane HesselC’est un autre article que j’avais l’intention de poster cette semaine, pour partager, une fois de plus, mes impressions sur un roman qui m’a récemment marquée. Mais aujourd’hui, au lendemain de l’attentat du 7 janvier 2015 contre le journal satirique français Charlie Hebdo, il m’aurait semblé bien trop futile et déplacé de vous parler de ce livre, comme si de rien n’était, alors que les valeurs auxquelles je crois profondément ont été meurtries, attaquées de la manière la plus ignoble qui soit par des hommes incarnant l’obscurantisme, le fanatisme et la haine.

Je vais donc vous parler d’un autre texte. Un texte que, comme moi, beaucoup ont dévoré à sa publication en 2010, mais qui a malheureusement trop souvent tendance à tomber dans l’oubli. L’appel à l’ »insurrection pacifique », lancé par Stéphane Hessel dans Indignez-vous!, a été entendu par des millions de lecteurs, sensibles au message de paix de ce grand représentant de la Résistance, humaniste français défenseur des Droits de l’Homme. Le refus de l’indifférence face aux injustices et l’appel à la non-violence sont les deux préceptes centraux de cet essai et avaient suscité en moi un élan d’espoir, une sorte de réveil citoyen. Pourtant, je suis la première à m’être trop rapidement replongée dans le quotidien et avoir fait la sourde oreille face aux dangers qui menacent nos idéaux d’égalité, de liberté, de paix entre les cultures et les peuples, toutes ces valeurs qui font l’humain mais sont si souvent menacées. J’ai souvent fermé les yeux, ou ne les ai ouverts que furtivement, rapidement rattrapée par mes soucis personnels, mes préoccupations matérielles. Je me suis tue alors qu’il fallait crier.

Jusqu’à ce jour, où la haine s’est déchaînée contre l’humain, où ces idéaux ont été piétinés, où la violence a été plus forte que la libre expression. C’est comme une évidence que ressurgit Stéphane Hessel de ses cendres aujourd’hui. Il est de notre devoir de nous révolter, de refuser la barbarie et de nous engager clairement et durablement pour les valeurs qui nous constituent, au nom des grands hommes qui sont tombés hier, pour avoir courageusement et en toute intégrité défendu leurs belles idées, au quotidien. Restons vigilants, ne répondons pas à la haine par la haine. Pour la démocratie, pour les Droits de l’Homme, pour la paix entre les peuples, pour l’égalité et la liberté: Indignons-nous!

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La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon

26102014

La petite communiste qui ne souriait jamais - Lola LafonSi, comme moi, vous avez souvent été déçu par les oeuvres, fictives ou non, consacrées à l’histoire des pays communistes pendant la Guerre Froide, vous serez surpris par le regard neuf et dépoussiéré que pose Lola Lafon sur cette période dans son nouveau roman.

Dans La petite communiste qui ne souriait jamais, la narratrice se penche sur l’histoire de la Roumanie de Ceausescu, à travers le parcours de la jeune gymnaste prodige Nadia Comaneci qui fut souvent perçue comme l’emblème du régime dans les années 1970-80. Si le lecteur est un tantinet familier avec l’histoire du pays, il comprend très vite que le récit, basé sur les recherches de la narratrice et son dialogue fictif avec l’ ex-gymnaste, ne portent pas simplement sur le parcours sportif d’une petite athlète surdouée, mais que l’intention du roman est de mettre en perspective sa trajectoire dans le contexte de Guerre Froide et du régime dictatorial roumain. Les compétitions sportives étaient à cette époque le théâtre des rapports de force géopolitiques. Cette histoire en est un témoignage: l’on (re)découvre les efforts russes pour assouvir la Roumanie, dont le dictateur au pouvoir s’attèle à affirmer l’indépendance. La gymnastique se révèle alors être le sport communiste par excellence, dévoué à une maîtrise parfaite du corps, avec toutes les dérives que cela implique et que la narratrice dévoile tout au long de son récit.

A travers l’histoire de Nadia, elle donne un coup de projecteur sur la personnalité du dictateur Ceausescu qui a su faire le pied de nez aux soviétiques, avait une maîtrise parfaite de son image, manipulait et séduisait ses interlocuteurs à l’est comme à l’ouest, et avait su éveiller les espoirs de son peuple et de la communauté internationale. Il est aussi question des pratiques occidentales et du rôle des médias, présentés par Nadia comme un instrument de manipulation de l’opinion publique. Grâce à son choix de construire un récit à deux voix, Lola Lafon s’est préservée de tout manichéisme et nous permet de mieux comprendre comment le phénomène « Nadia », au-delà des talents de la gymnaste, a été possible et savamment orchestré à la fois par le pouvoir roumain et les « managers » qui l’entouraient, mais aussi par les forces occidentales, ces maîtres de l’image et du marketing.

Les échanges entre Nadia et la narratrice mettent en exergue le manque d’impartialité récurrent des analyses contemporaines sur la Roumanie communiste, conduisant trop souvent à une vision biaisée de ce qu’a été la vie du peuple roumain sous Ceausescu et le rôle de Ceausescu sur la scène internationale. Mais ils montrent aussi la difficulté à trouver des sources fiables, car l’époque dont il est question est caractérisée par la méfiance, les non-dits ou les mensonges d’hommes et de femmes qui ne cherchaient qu’à « s’en tirer le moins mal possible ». Aujourd’hui encore, les langues ont du mal à se délier. C’est un récit qui laisse planer de nombreuses interrogations: Nadia était-elle la marionnette de Ceausescu, guidée par sa discipline de gymnaste? Etait-elle une actrice du régime, volontairement engagée? Ou tout simplement une jeune roumaine qui cherche à vivre sa vie malgré la dureté du quotidien? Le livre ne le dit pas car son intention est ailleurs. Il laisse entendre qu’elle pourrait bien être les trois à la fois. Ce n’est finalement pas tant le manque de sources fiables qui empêche de découvrir la vérité, mais la quête pour la vérité qui semble vaine.

Voilà ce que cherche à nous dire la narratrice au terme de ses longues recherches. Toute en modestie, elle fait l’aveu de l’échec de son entreprise initiale, de l’impossibilité de ranger Nadia dans une case. Car la mémoire – individuelle ou collective – ne cesse de nous jouer des tours et de réécrire l’histoire telle que nous pensons que cela devrait s’être passé. Les témoignages qu’elle recueille à Budapest sur les dernières années du régime de Ceausescu vont dans ce sens et nous éclaire sur le désenchantement qui a suivi les espoirs de 1989 et la situation complexe dans laquelle se trouve la Roumanie d’aujourd’hui.

Les dernières pages un peu brouillon sur la fuite de Nadia et la fin du régime dictatorial en Roumanie sont alors vite oubliées pour ne laisser au lecteur que l’impression de sortir grandi de cette belle leçon d’humilité et d’humanité.

 

 




La Contrebasse de Patrick Süskind

14052014

J’aurais dû poster cet article en décembre-janvier dernier, mais un événement récent en a retardé la publication (la naissance de ma fille!). 

Der Kontrabass - Patrick Süskind (Diogenes)Depuis 1984 s’enchaînent en Allemagne les représentations de la Contrebasse, pièce monologue de Patrick Süskind publiée en 1981 et brillamment interprétée par Nikolaus Paryla, comédien et metteur en scène autrichien.

J’ai eu l’immense chance d’être témoin de l’incroyable succès rencontré par la pièce auprès du public allemand (succès ininterrompu depuis près de 30 ans!), lors de la représentation du 30 décembre 2013 au Volkstheater de Munich. Cette courte pièce en un acte se déroule dans l’appartement du protagoniste, un décor désuet et chargé qui reflète parfaitement l’âme de cet homme hors du commun. Contrebassiste « sur le retour » dans un petit orchestre municipal, au talent plus que modeste mais au verbe cinglant, il se livre durant près d’une heure et demie à une réflexion sur la musique classique et l’art en général, sur sa propre place dans l’orchestre, mais aussi sur l’instrument en tant que tel qu’il vide progressivement de toute dimension artistique. Le tout est rythmé par des anecdotes croustillantes sur sa vie d’artiste, ses espoirs d’amour déchus et ses rêves de musicien sans grand avenir. La pièce est une dégringolade pleine d’humour grinçant, entre personnifications de la contrebasse qu’il parvient à transformer en figure féminine grotesque et pataude, dérives psychanalytiques tordues et réquisitoire contre les hiérarchies sociales reproduites au sein de l’orchestre derrière des apparences de structure démocratique.

L’immense talent de Nikolaus Paryla lui permet de passer en un rien de temps et tout en douceur d’un cri d’amour envers la contrebasse à un cri de désespoir plein de mépris à l’égard de ce compagnon de vie qui n’a cessé de barrer la route à ses rêves depuis ses débuts. Derrière l’humour irrésistible de la pièce, que l’on doit à la fois à la plume de Patrick Süskind et au jeu de Nikolaus Paryla, et malgré sa passion pour la musique, notre contrebassiste porte donc finalement un regard amer sur son parcours d’artiste et le rapport de l’homme à la musique.

La prouesse de cette pièce réside aussi et surtout dans l’alliance harmonieuse et originale du jeu théâtral et de la musique – nombreux sont les extraits d’oeuvres classiques joués durant la pièce – qui explique sans doute en grande partie le succès de cette pièce depuis les années 1980.

 

Bon à savoir:

La pièce est aussi régulièrement jouée en langue française à Paris et dans d’autres villes de France. Alors que Jacques Villeret avait rencontré un succès égalant celui de Nikolaus Paryla en Allemagne, c’est Clovis Cornillac qui lui a dernièrement succédé sur les planches au Théâtre de Paris.

Le texte de Süskind est disponible en francais en Livre de Poche




Exposition « Chagall. Leben und Lieben », Musée Buchheim, Bernried – 10.11.13-16.02.14

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Exposition "Chagall. Leben und Lieben", Musée Buchheim, Bernried (Allemagne) - 10.11.2013-16-02-2014

Exposition « Chagall. Leben und Lieben », Musée Buchheim, Bernried (Allemagne) – 10.11.2013-16-02-2014

Du 10 novembre 2013 au 16 février 2014 a lieu, au Musée Buchheim, sur les rives du Lac de Starnberg (Bavière), l’exposition « Chagall. Leben und Lieben » qui rassemble une sélection d’oeuvres du peintre Marc Chagall, ou pour être plus précise, des illustrations (lithographies et gravures) réalisées par l’artiste pour trois oeuvres littéraires: Daphnis et Chloé, roman antique du sophiste Longus, quatre contes des Mille et Une Nuits, et enfin, sa propre autobiographie (précoce), Ma Vie, rédigée entre 1921 et 1922.

Alors pourquoi, me direz-vous, évoquer cette exposition ici? Si les raisons de ce choix peuvent sembler obscures, il s’est pourtant imposé à moi comme un évidence lors de la visite de cette superbe exposition.

Tout d’abord, la vie de Marc Chagall et son parcours d’artiste ont été profondément marqués par l’histoire franco-allemande de la 1ère moitié du 20ème siècle. Né en Russie, à Vitebsk (aujourd’hui ville biélorusse), en 1887, dans une famille juive, il a vécu plusieurs années à Paris et Berlin entre les années 1910 et 1930, où il connaît ses premiers grands succès internationaux en tant qu’artiste. Mais victime de l’antisémitisme ambiant et de la montée du 3ème Reich, il est obligé de fuir cette Europe qui l’avait pourtant accueilli si chaleureusement quelques années auparavant. Lors de son séjour aux Etats-Unis dans les années 1940, Chagall ouvre un nouveau chapitre de sa vie et de son art, imprégné de la tragédie de la 2ème Guerre Mondiale et de ses conséquences sur les peuples du monde entiers. A la fin de la guerre, il rentre en Europe, mais ne remettra plus les pieds en Allemagne. Il passe le reste de sa vie majoritairement entre la France et les Etats-Unis, mais paradoxalement, c’est en particulier auprès du public allemand qu’il rencontre un immense succès dès les années 1950.

En mettant à l’honneur les gravures illustrant sa seule oeuvre littéraire et autobiographique, l’exposition donne un coup de projecteur sur la première partie de sa vie et ses premières oeuvres majeures, marquées par la culture juive et son expérience franco-allemande qui lui ouvre les portes du succès et de la reconnaissance. On y découvre un Chagall à la fois peintre, graveur et écrivain – une facette plutôt méconnue de l’artiste – dont le destin est intimement lié à l’histoire européenne du 20ème siècle.

Les deux autres points forts de l’exposition offrent un éclairage sur la relation entretenue par Chagall avec un certain type de littérature qui se marie à merveille avec l’onirisme et l’érotisme de son oeuvre. Ses illustrations de Daphnis et Chloé et de quatre contes des Mille et Une Nuits, de par l’intensité de leurs couleurs, la douceur de leurs traits et la place conférée au monde du rêve et de la mythologie, donnent au visiteur le sentiment qu’aucun autre artiste au monde n’aurait mieux pu rendre compte par l’image des univers poétiques de ces deux oeuvres. En juxtaposant les lithographies de Chagall et les passages correspondants du roman antique et des contes orientaux, l’exposition rend brillamment hommage à ce mariage harmonieux du texte et de l’image.

Je profite enfin de cet article pour recommander la visite du Musée Buchheim à tout lecteur de ce blog de passage à Munich ou en Bavière.

Pour aller plus loin:

Marc Chagall, Ma Vie, Stock, 2003

Marc Chagall, Daphnis et Chloé, Langlaude Eds, 2011

Musée Buchheim, Bernried, Bavière (Allemagne)

Quelques photots du musée sur le Site de Thomas

Exposition

Musée Buchheim, Bernried, Allemagne

 

 

 

 

 

 

 

 

Marc Chagall, extrait de Daphnis et Chloé, lithographie en couleurs - VG Bild-Kunst, Bonn

Marc Chagall, extrait de Daphnis et Chloé, lithographie en couleurs – VG Bild-Kunst, Bonn

Marc Chagall: extrait de Daphnis et Chloé, lithographie en couleurs - VG Bild-Kunst, Bonn

Marc Chagall: extrait de Daphnis et Chloé, lithographie en couleurs – VG Bild-Kunst, Bonn







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