La Contrebasse de Patrick Süskind

14 05 2014

J’aurais dû poster cet article en décembre-janvier dernier, mais un événement récent en a retardé la publication (la naissance de ma fille!). 

Der Kontrabass - Patrick Süskind (Diogenes)Depuis 1984 s’enchaînent en Allemagne les représentations de la Contrebasse, pièce monologue de Patrick Süskind publiée en 1981 et brillamment interprétée par Nikolaus Paryla, comédien et metteur en scène autrichien.

J’ai eu l’immense chance d’être témoin de l’incroyable succès rencontré par la pièce auprès du public allemand (succès ininterrompu depuis près de 30 ans!), lors de la représentation du 30 décembre 2013 au Volkstheater de Munich. Cette courte pièce en un acte se déroule dans l’appartement du protagoniste, un décor désuet et chargé qui reflète parfaitement l’âme de cet homme hors du commun. Contrebassiste « sur le retour » dans un petit orchestre municipal, au talent plus que modeste mais au verbe cinglant, il se livre durant près d’une heure et demie à une réflexion sur la musique classique et l’art en général, sur sa propre place dans l’orchestre, mais aussi sur l’instrument en tant que tel qu’il vide progressivement de toute dimension artistique. Le tout est rythmé par des anecdotes croustillantes sur sa vie d’artiste, ses espoirs d’amour déchus et ses rêves de musicien sans grand avenir. La pièce est une dégringolade pleine d’humour grinçant, entre personnifications de la contrebasse qu’il parvient à transformer en figure féminine grotesque et pataude, dérives psychanalytiques tordues et réquisitoire contre les hiérarchies sociales reproduites au sein de l’orchestre derrière des apparences de structure démocratique.

L’immense talent de Nikolaus Paryla lui permet de passer en un rien de temps et tout en douceur d’un cri d’amour envers la contrebasse à un cri de désespoir plein de mépris à l’égard de ce compagnon de vie qui n’a cessé de barrer la route à ses rêves depuis ses débuts. Derrière l’humour irrésistible de la pièce, que l’on doit à la fois à la plume de Patrick Süskind et au jeu de Nikolaus Paryla, et malgré sa passion pour la musique, notre contrebassiste porte donc finalement un regard amer sur son parcours d’artiste et le rapport de l’homme à la musique.

La prouesse de cette pièce réside aussi et surtout dans l’alliance harmonieuse et originale du jeu théâtral et de la musique – nombreux sont les extraits d’oeuvres classiques joués durant la pièce – qui explique sans doute en grande partie le succès de cette pièce depuis les années 1980.

 

Bon à savoir:

La pièce est aussi régulièrement jouée en langue française à Paris et dans d’autres villes de France. Alors que Jacques Villeret avait rencontré un succès égalant celui de Nikolaus Paryla en Allemagne, c’est Clovis Cornillac qui lui a dernièrement succédé sur les planches au Théâtre de Paris.

Le texte de Süskind est disponible en francais en Livre de Poche


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