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Lettres d’Amérique de Nathalie Sarraute

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Lettres d'Amérique - Nathalie SarrauteJe m’amuse souvent à résumer un livre à peine terminé en un seul mot, histoire de le fixer dans ma mémoire sans faire d’effort ou presque. Pour les Lettres d’Amérique de Nathalie Sarraute, ce serait sans hésiter « émerveillement ». Celui de l’auteure elle-même, à la découverte d’un continent qui lui est encore inconnu, et celui du lecteur aussi, qui l’accompagne dans ce voyage que l’on peut qualifier d’initiatique à bien des égards.

C’est un ouvrage à lire d’une traite, à engloutir, pour être sûr de ne pas en perdre une miette, de ne pas faire de tort à sa densité. Il permet de découvrir Nathalie Sarraute dans toute sa spontanéité, d’appréhender l’être humain derrière la femme de lettres. La présentation d’Olivier Wagner, exhaustive et extrêmement précise, livre toutes les clés au lecteur pour aborder cette oeuvre pour le moins originale. Car la démarche de Nathalie Sarraute diverge fondamentalement de celle à l’origine de ses oeuvres littéraires. Ces lettres n’avaient initialement pas vocation à être publiées et étaient exclusivement réservées à la sphère privée du couple Sarraute. Il s’agit donc d’une démarche spontanée, presque impulsive, grâce à laquelle le lecteur entre dans l’univers de cet auteure d’avant-garde du XXe siècle par la porte de service. Il y découvre une personnalité facétieuse, enivrée par l’expérience singulière qu’elle est en train de vivre, et qui assiste à la diffusion – et au triomphe – de son oeuvre aux États-Unis autant qu’elle y participe.

À l’excellente introduction s’ajoutent des annotations, établies par Carrie Landfried et Olivier Wagner qui révèlent des informations absolument essentielles à la compréhension de l’oeuvre, tout en évitant l’écueil d’une surabondance de détails qui nuirait à la fluidité de la lecture. L’équilibre est parfait pour permettre une réception de l’oeuvre dans des conditions cognitives optimales. Ce cadre éditorial témoigne d’un travail de construction biographique et de mise en perspective historique d’une grande qualité. Aucun aspect n’est négligé, avec d’une part, un portrait global de Nathalie Sarraute en tant que femme, auteure et théoricienne du roman, et d’autre part, le contexte politico-culturel des années 1960 aux États-Unis (et dans une moindre mesure en Europe), qui occupe une place capitale dans ces lettres. On touche ici à la quintessence même du métier d’archiviste qui consiste à favoriser la réception pleine et entière des sources par le plus grand nombre. Du service public dans ce qu’il a de plus noble !

Pour conclure, j’inviterais les plus frileux des lecteurs à s’aventurer dans ce voyage insolite, car il y en a pour tous les goûts : pour les amateurs de Nathalie Sarraute bien sûr, mais aussi pour les amoureux de New-York et des États-Unis, les passionnés d’histoire et les férus de langue française (le style de l’auteur leur donnera certainement un coup de fouet linguistique !). Bref, une vraie cure de vitamines sensorielles !

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